JACQUES COEUR ADEPTE ?

 

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L'ALCHIMIE AU PALAIS JACQUES COEUR : MYTHE OU REALITE ?

 "Après la cathédrale, la maison de Jacques Coeur est le monument le plus célèbre de Bourges "

écrit Prosper Mérimée,

alors que Jules Michelet de son côté dira :

" il faut visiter la curieuse maison de ce personnage,.... maison pleine de mystère comme fut sa vie ".

 

Le Palais Jacques Coeur comprend 4 corps de bâtiment donnant sur une cour centrale.

C'est un lieu qui comprend à la fois le fonctionnel dans une architecture pleine de contraste et un côté artistique. Le plan architectural tient compte des contraintes de l'emplacement.

Comme pour la Cathédrale de Bourges plus de deux siècles auparavant, nous ne savons pas quel est l'architecte du palais. On peut penser aux architectes qui ont travaillé sur les chantiers berruyers du palais du Duc Jean, peut être Colin de Picart ou Jean de Blois.

 La question posée tient dans l'influence du grand argentier sur le plan général de l'édifice bien sûr, mais aussi sur le programme iconographique, c'est à dire les sculptures très nombreuses des tympans, des culs de lampe et des bas reliefs.

 Les travaux ont duré 8 ans, et en juillet 1451, lorsque Jacques Coeur est arrété, le Palais semble à peine habitable. Si l'on ajoute que durant ces huit années, Jacques Coeur était par monts et par vaux pour ses affaires, ou pour suivre le roi et la cour, il n'est pas évident que son influence soit forte et totale sur les sculptures du Palais.

 

Ce qui semble certain, c'est l'agencement général du Palais. On sent la personnalité du grand argentier. L'édifice est fonctionnel pour l'habitation et les affaires, le système de chauffage, les pièces, les couloirs et escaliers, tout est pensé pour bien vivre dans un cadre beau mais surtout pratique. C'est sans doute cette partie générale de l'homme d'actions qui ressort des plans. De plus, à cette époque, Jacques Coeur a beaucoup voyagé, et il tient compte de cette expérience vécue.

En est-t-il de même pour le programme iconographique ? Rien n'est moins sûr.

Les différentes scènes sculptées dans la pierre sont cohérentes sur le plan technique, les personnages, les objets sont dans une certaine continuité. Il n'y a pas semble-t-il d'anachronisme.

Par contre, les scènes sont de plusieurs types. On trouve des sculptures sur la vie de tous les jours, comme dans les livres d'Heures, ou enscore les coeurs et coquilles sans oublier les devises du grand argentier que l'on rencontre beaucoup. D'autres scènes semblent plus mystérieurses, ce sont les rectangles des arbres, les culs de lampe, ou encore des figures allégoriques.

Quel fut le rôle du grand argentier dans ces scènes, alors que le chantier était dirigé par deux de ses facteurs, des Berruyers, Pierre Jobert et Jacquelin Culon.

 

On peut penser qu'il y deux parties assez distinctes dans les sculptures. Comment pouvaient travailler les concepteurs et les facteurs qui surveillaient le chantier. Et quelles étaient leurs relations avec l'argentier ?

On peut penser que des projets étaient présentés régulièrement à Jacques Coeur, et que celui-ci acceptait refusait ou amendait les dessins ainsi projetés. Il devait aussi donner son avis sur l'esprit de certaines sculptures et peut être pour quelques unes être plus directif.

 

De là à penser que Jacques Coeur est à l'initiative de toutes les sculptures, il y a un pas que nul ne peut franchir. On retrouve donc les sculptures générales de l'époque, comme l'architecte les pensait, avec le symbolisme accroché au grand argentier, à sa femme et au roi, et de temps à autre " la patte " du maître des lieux.

Il a donc voulut imprimer dans ces sculptures sa marque et quelques scènes à double sens. Ces scènes, c'est depuis peu de temps que certains cherchent à les déchiffrer. Le premier fut Fulcanelli, sans trop de bonheur à mon sens.

Il faut être juste, et ajouter que le palais, compte tenu de ses différents propriétaires ou affectations a subit de très nombreuses modifications. On ne connaît aucune représentation sérieuse de l'édifice de son époque. Le seul document montrant en couleur le Palais, est un livre d'heure sans doute réalisé pour un membre de la famille de Jacques Coeur avec une belle vue du Palais, c'est la seule représentation qui montre le roi Charles VII sur son cheval sous de dai avec de part et d'autre les deux bas-reliefs représentant deux personnages, un homme et une femme..... situés à l'inverse de ce qu'ils sont aujourd'hui !

Comme l'affirme Thérèse Legras, il faut se méfier des livres d'Heures, d'autant qu'il y a une montagne sur le droite de la gravure.... on la cherche encore à Bourges cette montagne.

Il y a donc beaucoup d'inconnues et les hypothèses sont nombreuses pour traduire la réalité historique.

 

La pierre utilisée dans le Palais provient des remparts gallo-romains, puis des carrières de Saint-Florent et de Charly. Cette dernière pierre tendre étant utilisée par les sculpteurs. Le bois des charpentes proviendrait de la fôret de Blois et d'Aubigny sur Nère. Quant aux métaux nécessaire aux faîtages, Jean Favière pense qu'ils ont été fournis par les mines de Jacques Coeur dans les monts du Forest.


  JACQUES COEUR, UN ADEPTE ?

 La vie de Jacques Coeur est pleine d'aventures, et sa mort, si loin de son Berry natal ajoutera au mystère.

Il y a une légende ésotérique sur Jacques Coeur, sur sa vie et l'origine de sa fortune. Pour beaucoup cet homme était un initié, c'est devenu une évidence .Il n'y a pas de preuve, mais différentes corrélations de faits :

 - Tout d'abord, il manipulait l'argent avec beaucoup de connaissance et de passion. Si bien qu'il a un peu commencé sa carrière dans la fausse monnaie. Ce n'était pas le seul à l'époque, mais ça fait un peu désordre.

 - Il faisait partie de ces Bourgeois, chefs d'entreprise, dans un secteur assez particulier puisqu'il possédait des mines, dans lesquelles il exploiter des minerais d'argent et peut être d'or. C'était un homme qui fréquentait les " métallurgistes ", des hommes qui possédaient un savoir important et souvent mystérieux, l'alchimie était souvent leur passe-temps et leur passion et pour certains leurs métiers.

 - Ensuite, Jacques Coeur a beaucoup commercé directement en payant de sa personne ou par des intermédiaires, avec les pays arabes et les infidèles. Or l'Alchimie vient de ces pays. Il a donc sans aucun doute pris des contacts avec les savants du Levant et abordé ou rapporté des éléments mystérieux, autres que les orangers et les datiers.

 - Son Palais qu'il fait constuire à l'apogée de sa richesse et un peu à la fin de sa vie recèle des symboles et des sculptures qui ne sont pas innocentes sur le plan de l'alchimie. Souvent à plusieurs sens, il est possible de faire un parcourt alchimiste du Palais sans trop " en rajouter pour la cause ".

 - Enfin, il est devenu riche, et cette richesse, ce n'est pas en vendant quelques morceaux de tissu ou des parfums même venu de l'Orient qu'il a pu l'acquérir. Il est donc devenu riche par un autre moyen qui est forcément la pierre philosophale.

 Chez les historiens, ces affirmations les laissent plutôt froids et dubitatifs. Pour quelques uns, cela oscille entre l'extrême réserve et le silence, pour la majorité, c'est l'hostilité la plus âpre par rapport au sujet. Il est vrai que Jacques Coeur n'a pas écrit ses mémoires, et qu'il n'a pas laissé de témoignage " de première main ", et que toute affirmation peut être contredite, mais cela va dans les deux sens.

 

DES TEMOIGNAGES TARDIFS

 

Déjà de son vivant, Jacques Coeur était devenu une légende, un mythe, c'était l'homme qui donnait de l'argent au Roi et à la cour. Cet or va contribuer à lerver des troupes et à bouter les Anglais hors de France.

D'ailleurs, le peuple, lorsqu'il apprit sa mort dans la lointaine ile de Chio, refusa de la croire. Ce sera le cas de Villon qui mettre en doute cette version officielle dans un poème ( Bourges cité première, p 127)

De son vivant ou des quelques années qui suivirent sa disparition, il y a des textes, pas très nombreux d'après les spécialistes, qui parlent de Jacques Coeur et de son Palais, mais aucun n'évoque l'alchimie.

 On a retrouvé pourtant un texte de Jacques Coeur qui parle explicitement d'Alchimie, mais dans un sens différent.

Dans une lettre autographe adressée au sieur de barbançois, Jacques Coeur parle longuement qu'un receveur des finances de Saint Benoist " avait des accointances avec des Arquemiens, par le moyen desquels il faisait des écus d'arquemie, qui servaient à payer les gens d'arme.

Et le Grand Argentier de Charles VII ajoute, en connaisseur de fausse monnaie :

" ... de telle sorte exchangié cinq lingots qui n'estaient d'or comme sembloyt, mais n'étoit que léton doré par le dit moyen d'arquemie ".

 Sur ce thème sulfureux, il n'y a pas, compte tenu des recherches actuelles aucun témoignage des " écrivains " contemporains de son époque.

 Un des premiers documents sur Jacques Coeur date de l'année de son arrestation par Antoine Artesan qui écrit dans son " Eloge descriptif de la ville de Paris et des principales villes de France " :

" ..... A Bourges, j'ai vu encore une hôtel digne d'un grand prince, que fait bâtir avec un soin extrême, l'argentier de notre puissant roi, cet homme aussi grand par l'esprit que riche par ses trésors, qui l'égalent au célèbre Crassus, d'illustre renommée.... il désire que rien ne manque à la splendeur de cette résidence ".

 D'autres témoignages du XV ième siècle évoquent de la même manière la fortune de Jacques Coeur, " qui estoit si riche qu'on disait qu'il faisoit ferrer ses haquenées et chevaulx de fers d'argent... " avec en filligramme la Grand Maison " une maison plus riche de quoy on povoit parler ".

 On sent poindre un zeste de jalousie dans plusieurs écrits, avec les allusions au commerce avec les infidèles ou le pillage des finances du roi. Jacques Coeur est un banni, condamné par le pouvoir, il n'est pas très bon de le défendre ou d'ajouter quoique ce soit aux accusations.

 Chastelain évoque aussi le grand Argentier par des mots comme " Le plus grand de la terre, marchand et financier que depuis par fortune, vis mourir en exil,.... "

 Mais Christian de Mérindol est allé plus loin, il a trouvé de nombreux témoignages sur les activités alchimistes de JacquesCoeur. Mais il faut remarquer qu'aucun texte ne parle de Jacques Coeur de son vivant. C'est un fait, mais cela ne signifie rien sur de possibles activités alchimiques de l'argentier.

 Il faut attendre un siècle après sa mort, ce qui est beaucoup, pour que des auteurs évoquent des activités alchimiques. Il ne s'agit pas de découvertes particulières ou de documents, mais de constats et de réflexions, pour simplement expliquer sa fortune.

 Un texte de 1575 parle sous la plume d'André Thevet :

... Jacques Coeur " a esté plus de vingt ans à faire la pierre Philosophale, et y oeuvra si bien, qu'il se fait l'un des Seigneurs de sa ville, luy qui n'estoit rien au commencement ".

 Une statue le représente sur un mulet lequel a les fers inversés ??? et à ses cotés celle de sa femme et de quelqu'un d'autre qu'on dit être sa servante.

 David de Planis-Campy, médecin de Louis XIII en 1633 évoque le secret que possédait Jacques Coeur en échange duquel il aurait obtenu du roi le pouvoir de forger des monnaies d'argent pur.

 Pierre Borel ( 1620 / 1689) a beaucoup oeuvré pour faire accréditer la thèse d'un Jacques Coeur alchimiste et posseusseur de la Pierre Philosophale. Il insiste en particulier sur les " figures hiéroglyphtiques " qui sont aux portes de la Grande Loge de Montpellier construite par Jacques Coeur.

 En 1579, François Garrault les sculptures de la grand-Maison sont les " emblèmes de sa vie et de ses actions ". Et la fortune de Jacques Coeur est essentiellement fondée sir l'exploitation de ses mines. Et les mots de sa devise Dire Faire Taire n'explique aucune opération chimique.

 Christian de Mérindol conclut un récent article, parfaitement documenté en rappelant que Jacques Coeur ne semble pas avoir été un grand lecteur, et que les qualités de l'homme semblent très loin de l'alchimie. C'est une étude sérieuse mais bien dans notre temps.

Si je voulais caricaturer, je dirais qu'il n'y a aucun écrit de Jacques Coeur explicitant qu'il est un alchimiste, alors, l'Alchimie n'a rien à voir avec le personnage.

 

Il faut donc chercher autre part les possible traces d'un adepte, puisque la littérature n'aboutit pas à des preuves intéressantes. Fulcanelli, qui a redoré le blason des alchimistes s'est un peu intéressé à Jacques Coeur.